mardi 9 juin 2020

Lettres de Lémurie : troisième volume annoncé en juin

En cette période particulière, qui remet en question nos plannings et nos modes de vie, nous sommes heureux de vous annoncer que le navire des Lettres de Lémurie ne sombre pas. Le troisième volume est arrivé, confié comme les deux premiers aux soins de Sabine Troisvallets pour la maquette et aux pinceaux de Jimmy Cadet pour l'illustration de couverture.

Vous pouvez la commander sur notre page de souscription :
https://www.helloasso.com/associations/arteres/collectes/lettres-de-lemurie-3-et-la-fabuleuse-parcelle-de-monsieur-isidore
Parce que ces temps de confinement font résonner différemment nos lectures, voici une incitation qui, nous l'espérons, vous donnera envie de poursuivre.


Une tombe à Vohibola
Irchad Ramiandrasoa R.

Vohibola, 2120

Nous progressions difficilement dans les sous-bois. Les lianes formaient un entrelacs serré sur notre chemin. Les sangsues tombaient du ciel comme par miracle pour se ficher sur la nuque, contre le dos, sous les chaussettes. La peau saignait longtemps après avoir été débarrassée de ces bestioles. Celles qui n’avaient pas été débusquées à temps atteignaient la taille de limaces avant de se détacher d’elles-mêmes, repues pour plusieurs mois. Outre l’humidité et la chaleur propres à la côte Est, l’atmosphère était poisseuse. Cela faisait plus de cinquante ans que personne ne s’était aventuré sous ces latitudes. Je souffrais en silence. Nous marchions en pleine jungle depuis plusieurs jours. Nombreux étaient ceux qui avaient voulu me dissuader de diriger cette mission. Je n’avais rien d’un héros, mais il n’était pas concevable de confier à d’anciens militaires ce qui était ni plus ni moins que la destinée du monde. Ou de ce qu’il en restait.

Même si personne n’en parlait, les membres de l’expédition avaient tous en tête les images atroces des corps liquéfiés retrouvés dans le village. Rongés par un mal inconnu à l’époque. Restaient les oripeaux, les cheveux, un amas d’os à l’état spongieux, littéralement bus par le sol. Après l’atteinte par le virus, plusieurs semaines s’écoulaient avant les premiers symptômes. Ce qui avait facilité la propagation de la maladie sur tous les continents d’autant qu’aucun remède ne s’était révélé efficace. Tout au plus pouvait on prolonger l’agonie des malades de quelques semaines, au final un bien mauvais service à leur rendre.
L’hécatombe causée par la maladie et les mouvements de panique avaient plongé le monde dans la tourmente. L’abandon des infrastructures majeures provoqua d’innombrables catastrophes notamment sur le plan énergétique et sanitaire. Puis la soixantaine d’accidents nucléaires qui eurent lieu entre 2035 et 2048 accéléra les choses. En quelques années, sous les effets combinés du virus, des radiations et de la dégradation de l’environnement, la population mondiale chuta à moins de cent mille survivants. Seules quatre poches de quelques centaines de kilomètres carrés étaient habitables, en Afrique et en Amérique du Sud.

Nous arrivions dans une zone où la végétation était moins touffue. Les arbres n’avaient pas repoussé de manière uniforme partout. Certainement une ancienne zone de brûlis. Il se dit que les habitants de l’île brûlaient les arbres pour y planter du manioc. Une hérésie… J’ai ordonné une halte ; nous camperions ici pour la nuit.

Nous étions six. Il n’y avait pas suffisamment de combinaisons antimicrobiennes pour une expédition plus importante. Les tentatives précédentes s’étaient soldées par un échec. Les chercheurs avaient péri contaminés par le virus ou tués par des bêtes féroces. Durant des années, les animaux de compagnie s’étaient habitués à se nourrir des cadavres. Quand ils n’étaient pas porteurs du virus, ils étaient devenus plus dangereux que les animaux sauvages. Les chats étaient les plus redoutables…
À l’image des autres installations, les bases spatiales étaient devenues inopérantes. Les tentatives de coloniser Mars, un moment envisagées, n’étaient plus possibles. Il n’y avait dès lors d’autre solution que la recherche d’un remède au virus. Il fallait isoler la souche originelle. À Madagascar, au plus profond de la forêt de Vohibola. Là où un siècle plus tôt, mes arrière-arrière-grands-parents avaient voulu sauver la forêt. En vain. 

(à suivre)

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